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La vie d'un pingouin à Epitech Paris

Publié le 12/08/2017

Ce post est pour les futurs pingouins, j’espère qu’ils y dénicheront des informations utiles qui les aideront à faire vivre leur lab une année de plus ! Les autres pourront trouver ici des informations sur Epitech Paris, sa pédagogie, l’organisation du LabAnquise ainsi que quelques statistiques collectées par les pingouins. Tout ce qui suit n’est que mon opinion. Je ne m’exprime pas au nom d’Epitech, de ma promotion ou du LabAnquise mais seulement en tant qu’étudiant rédigeant un billet pour son blog personnel.

J’ai été le leader des pingouins sur l’année 2016/2017 à Epitech Paris. Voilà ce que j’en retiens.

Contexte

Epitech est une école qui fonctionne sans professeurs. Des projets sont (très) régulièrement proposés aux étudiants selon les modules qu’ils ont sélectionnés pour le semestre courant. En première année, les projets sont à 95% du C.

Beaucoup d’étudiants n’ont pas fait de C avant leur entrée en première année et les lâcher dans la nature serait assez aberrant quand on connait le prix de l’école. Ainsi, des “labs” ont été créés. Pour la programmation, ils sont au nombre de deux :

Asteks et Koalas sont des assistants : ils répondent aux questions des étudiants, aiguillent, conseillent, transmettent des bonnes pratiques de code… et ainsi les étudiants s’en sortent.

Note : cette organisation est en réalité plus complexe et varie selon les régions. D’autres labs existent pour l’enseignement du réseau, des mathématiques ou de la langue française.

La plupart des étudiants établissent instinctivement une hiérarchie entre ces labs : il est plus prestigieux d’être Koala qu’Astek, plus prestigieux d’être Astek qu’ASR… Pour ma part je pense que l’école ne pourrait fonctionner sans le travail de tous.

Et, tout en bas de cette hiérarchie, se trouve le LabAnquise, entretenu par ceux qu’on appelle les pingouins (lab, banquise, pingouin ? Ouais, ouais…).

Le LabAnquise

Je ne sais pas vraiment pourquoi et comment le LabAnquise est apparu à Epitech mais dans les faits, c’est un lab existant sur Paris et dans certaines régions, par des premières années, pour des première années.

L’objectif du lab et de tous ses pingouins est d’apporter du soutien en langage C aux étudiants de leur promo.

Vers février, les pingouins de l’année passée organisent des entretiens pour les candidats volontaires afin de repérer des étudiants solides, déjà à l’aise dans leur cursus, qui pourraient faire des bons pingouins pour l’année en cours.

Une vingtaine d’étudiants (pour une promo d’environ 450 sur Paris) en sortent pingouins. S’en suit une petite pizza party au cours de laquelle on élit le chef pingouin (rapidement surnommé “papa pingouin”) et le lab peut démarrer ses activités.

Glissage

En discutant avec les équipes des années passées, je me suis rendu compte que ce lab était assez inactif depuis plusieurs années. Quelques petites sessions de soutien de temps à autres, pas vraiment préparées. J’ai tout de suite trouvé ça dommage. En effet, j’ai remarqué que parmi les pingouins, beaucoup avaient déjà pris l’habitude d’aider les autres et jouissaient d’une certaine position de leaders dans leurs salles respectives. Le LabAnquise était l’occasion de formaliser tout ça, l’occasion de fournir une aide à tous les étudiants et pas seulement les potes d’untel ou untel.

Les promotions sont généralement très disparates à Epitech. Les pingouins sont choisis parmi les meilleurs de leur promo. Ainsi, la quantité de savoir qu’ils ont le potentiel de transmettre est tout simplement énorme.

Le charme de l’uniforme

Le LabAnquise n’a pas vraiment de légitimité. Il n’a pas de statut, pas de budget, n’est pas représenté lors des réunions liées à la pédagogie de l’école. Or, je pense que les pingouins ont besoin d’une certaine légitimité pour mener à bien leur travaux. Les étudiants à qui l’on s’adresse ne doivent pas être méfiants à notre égard. Au contraire, si ils éprouvent de l’admiration ou du respect pour les pingouins, ils seront beaucoup plus enclins à écouter ce qu’ils ont à leur dire et à reproduire ce qu’ils leur montrent. Je pense qu’un étudiant doit envier un pingouin, envier son statut et que cette envie doit le pousser à toujours s’améliorer.

Nous avons alors fait en sorte de nous donner des allures de véritable lab : sweats Epitech avec logo et pseudonymes (merci encore à Main Gauche qu’on a littéralement harcelé pour avoir des réductions), module sur l’intranet de l’école pour nos activités, utilisation récurrente d’une même salle pour donner l’illusion qu’on a des locaux… Nous nous sommes rapidement ancré dans le paysage d’Epitech Paris et les étudiants ont vite pris l’habitude de venir solliciter l’aide des pingouins.

Un sweat pingouin

Je demande aux pingouins de porter ce sweat en salle le plus souvent possible afin de montrer qu’ils sont toujours prêts à répondre aux questions et donner des conseils.

Statistiques

Avant d’organiser une quelconque activité pingouin, nous avons mis en place un Google Forms afin de mieux cerner les besoins des étudiants. Les résultats suivants sont tirés d’un questionnaire distribué sur Epitech Paris ayant reçu 108 réponses, ce qui représente environ un quart de la promotion (je retire les pingouins et les étudiants ayant déjà déserté l’école). Les réponses ont été récupérées pendant le mois de février, soit quatre mois après le début de l’année.

Quels sont les fondamentaux avec lesquels vous n’êtes pas à l’aise ?

Statistiques fondamentaux

Lecture : 36% de la population étudiée ne se sent alors pas l’aise avec la notion de tableau en langage C.

Nous avons ici les cinq fondamentaux étudiés en piscine. Sans surprise, les pointeurs sont la notion la moins assimilée. En revanche, j’ai été assez étonné de voir que les variables arrivent en seconde position (très proches des tableaux, certes).

J’imagine que les étudiants ayant répondu à ce sondage voulaient indiquer aux pingouins qu’ils ne devaient pas hésiter à faire des sujets très accessibles, reprenant même les notions les plus élémentaires. L’équipe pédagogique nous as confirmé que même plusieurs mois après le début de l’année, il existe encore une grosse population d’étudiants en difficulté qui apprécie ce genre de contenu.

Quelles sont les notions avancées avec lesquelles vous n’êtes pas à l’aise ?

Statistiques avancés

Les trois notions relatives aux pointeurs (sur structures, sur fonctions et les listes chaînées) sont alors les moins bien comprises. Assez logique d’après les résultats précédents.

Quelles sont les autres notions avec lesquelles vous n’êtes pas à l’aise ?

Statistiques autre

Presque tous les étudiants ayant répondu à cette question du sondage ne se sentent pas à l’aise avec les signaux. C’est alors la notion illustrée par le projet en cours. On peut interpréter cela comme un signal de détresse.

De plus, 41% des étudiants ne sont pas confiants quand il s’agit de manipuler les descripteurs de fichiers, une notion pourtant indispensable à pratiquement tous les projets du restant de l’année.

Les activités pingouins

Nous avons déroulé entre deux et trois ateliers de soutien par mois de mars jusqu’à mai. Un atelier s’organisait généralement ainsi :

  1. Réunion pingouin en début de mois, débat sur les notions que nous souhaitons aborder pour les deux ou trois ateliers à venir
  2. Formation de groupes de travail pour la rédaction des sujets
  3. Mise en place d’un planning des ateliers
  4. Validation de l’équipe pédagogique (réservation des salles dans la foulée)
  5. Communication aux étudiants (Yammer, Facebook, annonces dans les salles)

Au niveau des notions abordées, nous étions conseillés par l’équipe pédagogique. Il s’agissait de proposer des ateliers sur les notions illustrées par les projets en cours voire anticiper celles des projets à venir.

Nos sujets avaient le même format que ceux de la piscine de première année mais les évaluations se faisaient à la main. Nous avions quelques principes :

Pour le reste, nous suivions les grandes lignes de la pédagogie d’Epitech, telle que transmise par l’équipe pédagogique et le LabAstek/Koalab :

Le contact avec les étudiants à été excellent tout au long de l’année et nous avons eu des retours très positifs sur chacun de nos ateliers. Les membres de l’équipe pédagogique ont également été de supers interlocuteurs qui nous ont fait confiance.

Le papa pingouin

La position de chef du LabAnquise est assez amusante. C’est un chef illégitime à la tête d’un lab illégitime. Après tout, c’est un première année comme les autres, pourquoi est ce qu’ils le respecteraient ?

Le travail du chef pingouin est de s’assurer que les activités se déroulent sans accroc et qu’il n’existe pas de tension entre les pingouins ou avec les étudiants.

Les membres du LabAnquise n’ont pas choisi de travailler ensemble, certains ne s’apprécient pas. Ces tensions ne doivent pas sortir du lab car elles entraînent une perte importante de crédibilité. Les tensions avec les étudiants sont tout aussi inaceptables, il s’agit d’une pure perte de temps, pour eux comme pour nous.

Le titre de chef pingouin ne confère aucun pouvoir pouvant renforcer son autorité mais il peut s’en construire une, plus ou moins fictive. Il doit aussi savoir faire preuve de fermeté lorsque les discussions s’éternisent. En l’absence de hiérarchie, les débats peuvent durer très longtemps sans pour autant déboucher sur une décision. Ces discussions stériles doivent être évitées.

La controverse

Plusieurs choses sont régulièrement reprochées aux pingouins :

Je ne pense pas que les pingouins soient incompétents. Il n’est pas nécessaire d’être une rockstar de C pour bien représenter le LabAnquise. Les étudiants sélectionnés sont à l’aise avec les concepts étudiés en première année et ont prouvé lors de l’entretien qu’ils sont capables de les exposer clairement. On retrouve souvent quelques pingouins chez les asteks juniors de l’année suivante. Qu’est ce qui sépare les pingouins qu’ils étaient des asteks qu’ils sont devenus ? 6 mois de stage pendant lesquels ils n’ont sûrement pas fait de C ? Les bons étudiants se démarquent très très vite et autant qu’ils soient au plus vite mobilisés.

Leur manque d’expérience et de pédagogie ne fait aucun doute. Les pingouins ne sont pas formés. Mais je ne pense pas non plus qu’ils doivent l’être. Un pingouin doit rester un étudiant comme les autres, naturel et accessible. Une formation en bonne et due forme ferait d’eux des asteks, ce qu’ils ne sont pas. Beaucoup d’étudiants n’osent pas franchir les portes de la pédagogie et interpeller un astek en première année. Ces étudiants peuvent toujours se tourner vers un pingouin, un type de leur salle qu’ils croisent tous les jours depuis le début de l’année et avec qui ils ont surement déjà échangé.

Certes, cela pose des problèmes. Les pingouins font des erreurs : ils disent des choses fausses, ils donnent des réponses trop rapidement… Ces problèmes existent dans tous les labs mais ils sont d’autant plus apparents au sein d’un LabAnquise qui ne dispose pas du voile de la formation pour masquer ses erreurs.

Le LabAnquise, c’est une vingtaine d’étudiants en permanence en salle qui travaillent sur la même chose que ceux qu’ils doivent aider : leurs camarades de promotion, qu’ils connaissent déjà. Il serait stupide de ne pas exploiter une configuration aussi favorable.

On m’a souvent demandé pourquoi j’étais autant attaché à ce pauvre lab qui n’intéresse pas grand monde. Aussi insignifiant soit-il, c’est le dernier lab qui n’est pas directement contrôlé par la pédagogie de l’école. Les pingouins sont libres de faire ce que bon leur semble, ils peuvent prendre des décisions très rapidement, ils évoluent parmi ceux qu’ils doivent aider et le fait que leur mission ne leur rapporte pour ainsi dire rien est gage de leur motivation. Aucun autre lab ne dispose d’une telle liberté et d’une telle flexibilité.

Cette dernière partie a certainement des allures de droit de réponse. Je pense en effet que le LabAnquise a un rôle à jouer dans l’école et que l’énergie qu’on emploie à le critiquer serait mieux investit à l’améliorer.

Merci à Clara pour son aide.